La petite bête

Il y a quelques mois, un nouveau chef est arrivé à la tête de mon service. Il était connu dans la boite pour de mauvaises raisons, du coup on a forcément un a priori sur ses capacités à diriger un service (ce qu’il n’a jamais fait avant). Et bien souvent, le problème avec ces a priori, c’est qu’ils collent à la peau et qu’ils attisent la colère ou la rancoeur, jusqu’à un point de non retour où tout ce qui va mal est forcément de la faute à cette personne, mais si ça allait mal déjà avant qu’elle arrive.

Responsabilité et faits

J’ai toujours vu les gens autour de moi critiquer leur chef. Quand on écoute quelqu’un parler (moi y compris) les chefs de service (N+1) passent pour des incapables, le chef au dessus du chef (N+2 ou chef à deux plumes) semble plus tolérant, et ZE big boss est gentil mais un peu con et « il pourrait faire des changements quand même ça irait mieux ».

Par contre, le jour où on devient chef, j’imagine très bien qu’on puisse se plaindre de ses subordonnés.

Toujours est-il que si le chef est un responsable de service, ce n’est pas spécialement le responsable de tout ce qui déconne dans le service. Certains employés, vous à ce point insister sur l’incapacité du chef à accomplir une tâche qu’ils vont prendre n’importe quelle tâche et démontrer que le chef ne sait pas s’y prendre correctement, et ce même si cette tâche en question n’est pas du ressort du chef.

Ensuite, il y a le système des moutons qu’on a tendance à rencontrer en primaire. Quand une personne populaire dans un groupe critique quelqu’un qui ne fait pas partie du groupe, tout le groupe approuve, sans émettre la moindre contradiction. Si à l’école les critiques sont superficielles, en entreprise elles peuvent avoir de graves répercussions si les bruits de couloir sont transformés en faits.

En exemple, j’ai celui d’un employé du service marketing d’une ancienne boite qu’on va appeler Maxime. Un chef de service (non marketing, c’est important) a demandé à ses employés ce qu’ils pensait de Maxime : on ne le voit jamais. Résultat, Maxime a été viré juste avant la fin de sa période d’essai. En réalité, le « on ne le voit jamais » voulait dire que les deux services ne travaillent pas ensemble et que par conséquent, Maxime n’avait aucun contact avec eux. Ca a été transformé en « il n’est jamais là ».

Bouc émissaire

Mon chef de service actuel est pas une flèche, mais je trouve qu’il gère quand même pas trop mal pour quelqu’un qui n’a jamais dirigé personne, qui a moins de 35 ans et qui doit composer avec un service très (trop ?) autonome qui a doublé son effectif en 6 mois. Tous les midis, j’entends mes collègues déblatérer sur lui :

  • Il ne sait pas gérer un dossier > Mais ce n’est pas ce qu’on lui demande
  • Il ne prend pas d’initiative > Il a permis l’expansion d’un service qui stagnait depuis 10 ans
  • Il n’est pas technique > On lui demande de gérer des techniciens, pas d’en être un
  • Il ne prend pas de client au téléphone > Ce n’est pas son travail, c’est le notre
  • Il fait toujours appel à l’un de nous > C’est une preuve de nos compétences (connard)

Je pourrais continuer longtemps, mais je vais clôturer ce chapitre par un truc qui m’a sidéré.

Il y a deux services « techniques » dans la boite, l’un gérant l’avant vente, l’autre l’après vente. Mais globalement les deux services doivent travailler de concert et ne pas se tirer dans les pattes. Entre les employés des deux services, il y a une bonne ambiance, par contre le chef du service avant vente cherche tout ce qui pourrait nuire au chef du service après vente.

Il n’y a aucune raison derrière cet acharnement, et du coup les deux chefs se tirent dessus à boulet rouge dès qu’ils le peuvent. J’ai même entendu parler d’un dossier qui serait en train de se monter pour faire sauter mon chef.

Conclusion

Il est plus facile de s’en prendre à son supérieur quand un problème survient plutôt que se remettre en question.

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